Disons-le franchement : l'océan n'est pas au rendez-vous cette semaine à Lacanau. Depuis le coup d'envoi mercredi, la houle reste petite, stationnaire, et le plan d'eau peine à offrir de quoi scorer. Sur beaucoup de séries, le talent ne suffit plus : il faut aussi tomber sur la bonne vague au bon moment. La WSL ne dit pas autre chose, elle qui réclamait une vraie "sorcellerie des petites vagues" pour passer les tours. Alors ce vendredi, l'organisation a mis les bouchées doubles : deux tours complets avalés dans la journée pour resserrer les tableaux jusqu'au Round of 16, programmé demain. Et l'hécatombe est passée par là.

La loterie des petites vagues

Dans ces conditions piégeuses, aucun favori n'était à l'abri. Maxime Huscenot est tombé dès le Round of 64. Justin Becret a suivi au tour suivant. Et le tenant du titre Sam Piter a lui aussi quitté la compétition au Round of 32, une interférence venant plomber sa série. Même les héros de la veille n'ont pas survécu : Enzo Cavallini et Inigo Madina, impressionnants jeudi, ont vu leur route s'arrêter au Round of 64. Preuve que sur ces bancs de sable minuscules, une seule erreur peut tout faire basculer.

Ceux qui sont passés le savent : ça s'est joué à pas grand-chose. Le Basque Markel Vizcarguenaga a raconté l'une des séries les plus dures de sa vie, quinze minutes sans la moindre vague, avant de dénicher une petite gauche, puis, dans les dernières secondes, une ultime vague pour renverser la situation. Encore sous le coup de l'émotion, il ne cachait pas sa fierté d'être passé sur un fil avant d'aller signer, au tour suivant, un 15,00, tout simplement le meilleur total du Round of 32. Bienvenue à Lacanau, où une compétition entière peut tenir à une seule vague.

Surfeuse Maria Dias sur une vague de Lacanau
Maria Dias· Laurent Masurel

Les Bleus bien présents

Bonne nouvelle : les Français sont nombreux à avoir survécu à l'hécatombe. Demain, Luan Nogues et le Saint-Barthélemois Noe Ledee défendront les couleurs tricolores dans la troisième série hommes, face notamment à l'Espagnol Andy Criere. À suivre aussi, Pierre Lamothe et Jay Phipps en série 4.

Côté femmes, le contingent est tout aussi fourni. La tête de série Naïa Monte, passée par le chas de l'aiguille au tour précédent, retrouvera la Guadeloupéenne Rose Calvez dès la deuxième série, duel fratricide garanti. Lilou Rumiel et Lily Hirigoyen seront elles aussi de la partie, tout comme Maelys Jouault, auteure d'un 13,97, le meilleur total féminin du Round of 32. La Bretonne, qui garde un bon souvenir de l'endroit, résume l'état d'esprit : tout donner d'entrée, ne rien attendre. « La Bretagne, ça vous gagne ! », glisse-t-elle avec le sourire.

Pierre Lamothe lors du Caraïbos Lacanau Pro 2025
Pierre Lamothe· Laurent Masurel

Bien plus qu'une compétition

Reste la question que beaucoup se posent devant ce plan d'eau : pourquoi programmer une étape pro à Lacanau en plein juillet ? La réponse tient en un mot : la vie. Pour qu'une compétition française existe, survive et revienne l'année suivante, il faut des marques, des partenaires, du public et pour ça, l'été est la meilleure fenêtre. La station est pleine, la plage noire de monde, les partenaires visibles. C'est le prix, un peu ingrat, pour que la France garde ses rendez-vous mondiaux. Et rien n'est jamais acquis : en 2025, faute de partenaires suffisants, l'autre grande étape française du Qualifying Series, le Rip Curl Pro Anglet, a été rayée du calendrier. De quoi mesurer la valeur de ce que Lacanau, lui, parvient à faire vivre chaque été.

Et les surfeurs, eux, ne s'y trompent pas. La Portugaise Mafalda Lopes, qui a décroché ici l'un de ses deux titres QS, ne tarit pas d'éloges sur l'eau chaude, la nourriture et l'ambiance. Lucia Machado, elle, est venue avec sa mère et compte bien l'emmener faire la fête sitôt la compétition terminée. Car à côté du surf, le skatepark ne désemplit pas, la musique tourne, le soleil cogne. Du soleil, du skate, du son et des surfeurs venus poser leurs rêves sur une petite étape QS : au fond, n'est-ce pas ça, un bon moment qui rassemble le plus grand nombre ?

Nomme Mignot sur la plage de Lacanau
Nomme Mignot· Laurent Masurel

Lacanau n'a jamais eu la prétention d'offrir les plus belles vagues de compétition. Mais depuis 1979, la doyenne des compétitions françaises perpétue une tradition que personne ne lui dispute : organiser des étapes où le sens de l'effort se sent dans le moindre détail. Par respect pour ces athlètes qui entrent à l'eau pour donner le meilleur d'eux-mêmes, et pour cette compétition qui se bat pour maintenir la France sur les circuits WSL, on suivra ça de près. En espérant, quand même, que la chance finisse par tourner.

Une famille profite des animations du Caraïbos Lacanau Pro 2025
Animation sur le site du Caraïbos Lacanau Pro 2025· Stella Carre


Sur la Grande Plage de Lacanau – WSL / Laurent Masurel / Vidéo de couverture @WECREATIVE