Sur un longboard, on ne fait pas que tourner : on se déplace sur la planche. Le surfeur avance à pas croisés, un pied devant l'autre, jusqu'au nose. Le hang five, c'est quand il y laisse dépasser les orteils d'un seul pied ; le hang ten, quand les deux pieds sont au bout et que les dix orteils pendent au-dessus de l'eau. Tout tient d'un équilibre précis : la vague doit plaquer l'arrière de la planche contre sa paroi, en le recouvrant un peu, pour que l'avant puisse porter le surfeur sans plonger. Trop loin sur l'épaule, plus rien ne tient l'arrière, et tout s'arrête.

C'est le geste qui résume le longboard et son art de la glisse : pas de radicalité, mais une maîtrise du placement qui se travaille pendant des années. Il faut une planche lourde, au nose assez large, une vague qui déroule proprement, et un sens aigu du timing pour savoir quand avancer et quand reculer. Le style compte autant que la durée : les meilleurs ont l'air de flâner sur le nose, bras relâchés, comme si de rien n'était. En compétition de longboard, les juges guettent ces moments-là. Le hang ten, c'est le surf qui prend son temps.