Chaque spot a ses habitués, ceux qui surfent là depuis des années et connaissent chaque banc, chaque caillou, chaque humeur de la marée. Le localisme naît de là : l'idée que ces vagues leur reviennent un peu plus qu'aux autres. Dans sa version douce, c'est une hiérarchie tacite que les visiteurs respectent sans qu'on ait besoin de la dire. Dans sa version dure, ce sont des remarques, des vagues volées exprès, des menaces, parfois des voitures abîmées. Les mots « locals only », peints sur des murs de plages un peu partout dans le monde, résument bien l'état d'esprit.
Sans le justifier, on peut le comprendre : des vagues en nombre limité, des line-ups qui se remplissent, et des visiteurs qui ignorent parfois les règles les plus simples. Le meilleur moyen de ne pas en faire les frais tient en quelques gestes : arriver humblement, dire bonjour, observer qui prend quoi, ne pas débarquer à cinq copains au pic, et laisser passer quelques vagues avant de réclamer sa part. Le respect circule dans les deux sens, et il se gagne à l'eau, pas à la voix. Le jour où tu deviendras un local quelque part, souviens-toi de ce que ça faisait d'être le nouveau.
