Jeudi, ça déroulait sur le banc de Supertubos pour la journée d’entraînement. Vendredi, la houle doit monter, offshore le matin, premier appel à 7h30. Et au bout de cette plage de Peniche, à une heure et demie de Lisbonne, une question que personne en France ne pose encore : et si le titre mondial 2026 se jouait pour un Européen ?

Un Italien à 2 765 points du jaune

Leonardo Fioravanti est numéro 2 mondial. 40 015 points contre 42 780 pour Yago Dora, champion en titre, vainqueur ici en 2025, qui a repris le maillot jaune au Romain après sa demi-finale à Trestles. Derrière, trois Brésiliens dans un mouchoir : Italo Ferreira (39 930), Miguel Pupo (39 450), vainqueur en Californie, et Gabriel Medina (35 410). Cinq hommes, trois étapes : Peniche, Siargao, puis Pipeline, la vague où Fioravanti a déjà joué deux finales, en 2023 et en 2025.

Conférence de presse du MEO RIP CURL PRO 2026
Conférence de presse du MEO RIP CURL PRO 2026· WSL

Pour mesurer ce qui se joue, il faut remonter à 1989. Cette année-là, Martin Potter décroche le titre sous l’Union Jack, un drapeau qui disait peu de chose d’un surfeur né en Angleterre mais formé sur les plages de Durban. Depuis, rien. Jamais un surfeur né et construit sur le continent européen n’a soulevé le trophée chez les hommes. Fioravanti a porté le jaune cette saison avant de le perdre en Californie. Il revient le chercher à domicile, ou presque, devant un public qui parle sa langue de surf.

Bryan, Moore, et une Canadienne qui ne s’arrête plus

Chez les femmes, 545 points. C’est tout ce qui sépare Gabriela Bryan (42 865) de Carissa Moore (42 320). Bryan a repris la tête avec sa finale à Trestles, et elle avait aussi joué la finale ici en 2025. Moore, cinq titres mondiaux, revenue sur le Tour cette année, tombe sur la Portugaise Teresa Bonvalot dès son premier heat. Sawyer Lindblad (40 055) et Molly Picklum (38 950), championne en titre, restent à portée.

Et puis il y a Erin Brooks. Dix-neuf ans, six premiers événements sans passer le deuxième tour, puis trois victoires de suite : Tahiti, Fidji, Trestles. Personne n’avait enchaîné trois wins depuis Stephanie Gilmore en 2008. Elle est cinquième mondiale (38 000) et elle avait fini troisième ici l’an dernier, battue en demi-finale par Bryan pour vingt centièmes. Elle ouvre contre Tyler Wright en heat 8. Bryan, elle, s’attend à un événement ouvert : elle dit être toujours surprise par la puissance d’une vague qui paraît petite et qui frappe.

Erin Brooks et une poignée des surfeurs du CT lors de la conférence de presse
Erin Brooks et une poignée des surfeurs du CT lors de la conférence de presse· WSL

Une wildcard et deux Français à suivre

La dernière surfeuse française à avoir gagné ici, c’est Johanne Defay, en 2024, en finale contre Tyler Wright. Deux ans plus tard, elle revient par la petite porte : wildcard de la WSL, jeune maman, avec un retour à plein temps annoncé pour 2027. L’ancienne gagnante qui doit attendre une invitation pour entrer dans le tableau. Le tirage ne lui fait pas de cadeau : Bryan, la numéro 1, en heat 5.

Marco Mignot, lui, a signé à Trestles le résultat français le plus marquant de la fin de saison : Italo Ferreira sorti 13,70 à 13,37, avant de tomber contre Kanoa Igarashi, futur finaliste. Peniche, il connaît. L’an dernier, rookie, il y avait éliminé Griffin Colapinto, double vainqueur de l’épreuve, avec un air à 8 points. Il a vécu deux ans à Estoril, adolescent, et il parle du public portugais comme du sien. Il retrouve Morgan Cibilic en heat 2.

Kauli Vaast complète le trio. Le Tahitien a gagné sa place sur le Tour en remportant l’EDP Ericeira Pro, à quarante minutes d’ici, en 2025. Neuvième à Trestles, battu par Dora, il ouvre contre Jake Marshall en heat 6.

Cinq Portugais dans la tribune

C’est un record pour le pays hôte. Yolanda Hopkins, rookie, quatorzième de la saison régulière après une troisième place à Tahiti et une cinquième à Fidji, dit que Supertubos est sa vague préférée du Tour, parce qu’elle aime les tubes et que c’est ici qu’ils sont. Elle affronte Picklum en heat 7. Guilherme Ribeiro, 24 ans, de Caparica, reçoit la première wildcard CT de sa vie et tire George Pittar. Bonvalot remplace Isabella Nichols, blessée. Francisca Veselko ouvre contre Lindblad, Frederico Morais contre Samuel Pupo.

Dora prévient que les bancs sont très peu profonds cette année, que la vague tape fort et qu’on touche vite le fond. Rendez-vous vendredi matin. Si l’Italien passe, le surf européen tiendra peut-être, pour la première fois, un champion qui lui ressemble.