Il y a des hivers qui se racontent en chiffres, et d'autres en silences. Celui de Matt Etxebarne, c'est les deux. Décembre 2025 restera comme l'un des mois les plus fous jamais vus sur l'Atlantique Nord, swell sur swell de l'Irlande au Portugal. Et c'est cet hiver-là que Matt a choisi de raconter autrement : entre interviews posées et images d'un hiver déjà inoubliable, en trois parties. La chute, la maison, la récompense. Parce que, comme il nous l'a confié, son crew n'a pas capturé beaucoup d'images hors de l'eau. Alors il a fallu parler. Et quand Matt parle, on écoute.
La chute qui refroidit
Le premier acte commence là où commencent tous les hivers des chasseurs de gros : à Nazaré, en début de saison, la tête pleine d'objectifs. Il se termine par une grosse chute, « qui m'a bien refroidi », dit-il, et qui l'a poussé à se remettre en question sur la façon d'aborder son sport.

Chez Matt, douter n'a rien d'anodin. Ceux qui ont vu notre portrait vidéo de Matt savent ce que Jaws lui a coûté fin 2023 ; on n'y revient pas ici. Ce qui frappe, en relisant ses interviews, c'est que le motif était déjà là. Quelques jours après cette blessure, il expliquait déjà qu'il tirait sur la corde depuis des semaines, présent sur tous les swells pour repousser les limites du foil. Deux ans plus tard, en décembre, il parle de fatigue accumulée entre les swells d'Europe et Nazaré. La nouvelle vidéo, c'est le moment d'y revenir.
La maison, et les potes
Le deuxième acte, c'est le Pays basque. Un hiver « assez exceptionnel » à la maison, selon ses mots, avec beaucoup de vagues et beaucoup de moments entre amis. Pour un surfeur qu'on suit d'habitude d'un bout à l'autre de la planète, ça ressemble à une parenthèse. C'est un retour aux sources.
Tout est parti de là. Gamin, Matt découvre le foil au centre de loisirs de Bidart, quand Peyo Lizarazu vient y projeter un documentaire tourné avec Laird Hamilton. Son premier, il se le construit en bois dans le garage de ses parents. À 15 ans, il rame sur un Nazaré de 8 à 10 mètres et, la semaine suivante, part du port de Socoa direction Belharra, la vague qu'il regardait gamin et qu'il surfera plus tard en foil sur des murs de plus de dix mètres. Le Pays basque n'est pas sa base arrière. C'est l'endroit où il a appris à avoir envie.
Et c'est la partie de la vidéo dont vous ne trouverez la trace nulle part ailleurs. Les sessions de Matt à Nazaré, à Jaws ou en Irlande sont documentées partout. Son hiver à la maison, avec les potes, ne l'est que là. À l'entendre, c'est pourtant la partie qui compte le plus.

Mullaghmore, la récompense
Le troisième acte, c'est celui que tout le monde attend. Le 18 décembre 2025, l'Irlande reçoit l'une des plus grosses houles de ces cinq dernières années, des relevés de bouées autour de 14 mètres pour 18 secondes de période et, chose rare, un vent parfaitement offshore. À Mullaghmore, un slab qui explose vers l'extérieur sur du rocher à peine recouvert, ce genre de journée ne pardonne rien. Matt le savait : en 2023, en gun, sa dernière vague là-bas s'était terminée sous une masse d'eau qui lui avait coupé le souffle. Cette fois, il revient avec un foil sous les pieds, et personne n'y avait encore pris de vague ainsi. Autant dire que l'idée ne faisait pas l'unanimité : un responsable de la sécurité du spot a confié à Session Magazine qu'un foil à Mully, c'était comme lâcher un grizzly dans une piscine municipale. Matt le sait. C'est aussi pour ça qu'il va attendre son tour.

La veille au soir, le jet-ski trouvé en urgence ne démarre pas. Panique. Au petit matin, dans un froid glacial, l'équipe se présente à Peter Conroy, le chef de la sécurité du spot, qui accepte de les emmener. Deux heures dans la passe à regarder Conor Maguire prendre la bombe du jour quand il fait encore presque nuit, à écouter Justine Dupont détailler la ligne section par section, jusqu'à lui prêter son casque. Puis Peter se tourne vers lui : tu veux une vague ? Six minutes plus tard, Matt lâche la corde. Il tient jusqu'à ce qu'une turbulence le déloge près de la fin, et le photographe Peter Laing, qui a shooté la scène depuis une annexe à moitié en panne, parle du plus beau ride en foil qu'il ait jamais vu. Matt, lui, résume ça à sa manière : « OK, j'ai mis un pied dedans, je sais que c'est possible. »
Un pied. Pas plus. C'est peut-être ça, la nouveauté de cet hiver : le gamin qui voulait tout, tout de suite, est rentré avec une seule vague et le sourire.
Et maintenant
Depuis, 2026 est allée vite. Quiksilver l'a accueilli dans son team, avec l'étiquette de waterman. Il a surfé une wave pool au milieu du désert saoudien. En juin, à Halifax, il s'est fait tracter en foil derrière un catamaran F50 de SailGP, une première saluée par l'équipe canadienne NorthStar. Mais ce n'est pas de ça que parle la vidéo. Elle parle d'un hiver, de trois moments, et d'une question que Matt se pose à voix haute : qu'est-ce qu'on cherche vraiment, quand on va chercher la plus grosse vague ?

Quinze minutes pour y répondre, sur YouTube ce jeudi 22 octobre. Spoiler : la réponse tient en une seule vague.



