Il y a des anniversaires qui tombent bien. Ce 21 juillet, Teva Bouchgua a 25 ans, et il les fête avec le sourire de celui qui vient enfin de pousser la bonne porte. Depuis avril, le Franco-Marocain est officiellement qualifié pour les Challenger Series, l'antichambre de l'élite mondiale. La suite logique d'un plan qu'il déroule, patiemment, depuis qu'il est gosse.
La saison qui a tout changé
Rembobinons de quelques mois. Le 6 avril 2026, à Port Alfred en Afrique du Sud, Teva remporte le Royal St Andrews Hotel Rip Curl Cup, sa toute première victoire sur le circuit QS. Le même jour, sa compatriote Lilias Tebbaï s'impose chez les femmes : un doublé marocain que personne n'avait vu venir. Pour lui, ce succès vaut de l'or : il grimpe à la 2e place du classement Africa QS et valide son billet pour les Challenger Series 2026.

Restait à savoir ce qu'il ferait de ce billet. Réponse dès la première étape, le Ballito Pro, mi-juillet : une série tactique bien maîtrisée pour franchir le Round of 64 et prouver qu'il n'était pas venu faire de la figuration. À 25 ans, Teva n'entre pas chez les grands en touriste. Il y entre avec un objectif : le Championship Tour, un jour, aux côtés de ses idoles et de l'un de ses meilleurs amis, Kauli Vaast.
Le compétiteur… et le reste
Ce qui frappe quand on passe du temps avec lui, et on a eu cette chance à Tamraght, au Maroc, c'est le décalage. Autant il est un compétiteur froid une fois le lycra sur le dos, autant il refuse que le surf se résume à ça.
L'été, il bosse à l'école de surf de son parrain et de sa marraine. Parce qu'il adore ça. Apprendre aux gamins, transmettre en toute simplicité. Avec les enfants, dit-il, l'amour du surf passe mieux qu'avec les adultes, aucun jugement, tout est basé sur le plaisir. Un plaisir que ce grand perfectionniste, souvent dur avec lui-même, va aussi chercher ailleurs : dans son jardin secret. Des sessions au coucher du soleil avec ses potes, loin des juges, sans notation, sans regard. Le carburant d'un mec qui aime la vitesse et les shoots d'adrénaline, mais qui sait aussi s'asseoir et réfléchir à lui, aux autres.
C'est peut-être ça, le vrai Teva : la stature et le mental d'un champion, avec un cœur d'enfant. Quelqu'un qui a su s'entourer des bonnes personnes, que même ses amis soutiennent quand il lâche un « désolé, je rentre, j'ai entraînement ». Quelqu'un qui ne court pas après la célébrité, juste après une vie simple où le surf résonne au quotidien.
Un pont entre deux drapeaux
Teva surfe aujourd'hui sous les couleurs du Maroc. Mais il n'a rien renié. Né à Carcans, formé à la fédération française, l'un des meilleurs pôles pour les jeunes à l'époque, il revient régulièrement du côté de Lacanau, où il a sa mère, sa sœur et une bande de potes construite avec des surfeurs comme Justin Becret ou Noah Dupouy. Plus il grandit, plus il se sent proche de son côté marocain. Mais l'un n'efface pas l'autre.
Là où beaucoup auraient vu un choix, lui a fait un lien. Bouchgua, ce n'est pas qu'un nom sur une feuille de résultats : c'est une histoire de famille qui a fait du surf un langage entre deux pays. Le père, Aziz, a formé des générations de moniteurs en France et accompagné le surf marocain vers le haut niveau. Le fils porte ce flambeau, un pied sur chaque rive.

Ce qu'il cherche vraiment
Et c'est là que Teva surprend. Demandez-lui ce qui le met le plus sous pression, il ne parlera ni de scores ni de classement. Ça, dit-il, c'est sa pression à lui, celle du perfectionniste. Sa vraie pression est ailleurs : honorer son nom de famille non pas par les résultats, mais par les valeurs qu'on lui a transmises. Le partage, le respect, l'attention à l'autre ju,sque dans l'eau, où il tient à donner une bonne image du surf.
Il l'assume avec une sérénité désarmante : il sait qu'il aura tout donné pour son rêve, et que si ça ne marche pas, il n'aura aucun regret. Reste que, vu la trajectoire, on a plutôt envie de parier l'inverse. Alors joyeux anniversaire, Teva et rendez-vous dans la cour des grands.

Cover vidéo Teva Bouchga à Taghazout fimé par classicsurfstudio

