Il y a une règle non écrite au pic : la meilleure combi, c’est celle dont personne ne parle. Pas parce qu’elle est banale, mais parce qu’on l’a oubliée. On ne pense pas à ses épaules, on ne pense pas au froid, on pense à la série qui arrive. Rip Curl en a fait un slogan, « Designed To Be Forgotten », et nous a mis la combi entre les mains à trois cents mètres du spot le plus surveillé du monde surf cette semaine. Difficile de faire plus pression pour une promesse d’oubli.
Vert fluo à Supertubos
Le timing n’a rien d’un hasard. Le 16 octobre, Rip Curl dévoile l’Elasto et la met en vente le matin même où les meilleurs mondiaux entrent dans l’eau à Supertubos. Le nom, lui, sort des archives : « Elasto », c’est la combinaison qui, dans les années 90, a lancé le néoprène stretch moderne chez Rip Curl avant de devenir l’E-Bomb. Michael Ray, le patron des combis de la marque, explique que les nouveaux matériaux étaient trop bons pour se contenter d’une énième E-Bomb. Alors on a ressorti le vieux nom, et avec lui une couleur impossible à rater.
Parce que c’est ça qu’on a vu en premier. Avant le lancement, Carve annonçait que la team CT de Rip Curl, Molly Picklum en tête, la porterait pour la première fois en compétition à Peniche. Sur place, le vert lime omniprésent à chaque fois qu’un surfeur Rip Curl franchissait la barre. Mick Fanning, lui, dit simplement qu’il n’a jamais porté mieux. Facile à dire quand on a trois titres mondiaux et un contrat avec la marque. Restait à vérifier avec un surfeur normal, une eau normale et une rame un peu moins légendaire.

Premier coup de rame
Dix-sept degrés. Pour Peniche en octobre, c’est la zone grise : Rip Curl conseille la 4/3 entre 12 et 17 degrés, et la 3/2 au-dessus. On a pris la 4/3, pour les sessions longues et le vent qui tombe sur le parking à l’aube.
La première surprise arrive avant l’eau. On l’enfile, et il ne se passe rien. Pas de couture qui tire à l’épaule, pas cette sensation de carapace qu’on connaît sur une 4/3 neuve. Rip Curl a dessiné un seul panneau d’une pièce, le « Boomerang », qui couvre le haut du dos et les épaules sans aucune couture dans la zone de rame. C’est exactement là qu’on le sent. Ou plutôt qu’on ne sent rien, ce qui est l’idée.
À l’eau, même constat. Le premier coup de rame part sans cette pression sur la poitrine qui fatigue une rame dont on se passerait déjà bien. Le haut du corps est monté avec une mousse plus légère, l’Infinity Foam, qui est censée retenir moins d’eau. Le bas, lui, est fait d’OCENA, une mousse sans néoprène à base de caoutchouc naturel, d’huiles végétales et de poudre de coquilles d’huîtres. On n’a pas pensé aux huîtres une seule seconde au take-off. On a pensé à la vague, et c’est tout ce qu’on lui demandait.
Côté chaleur, zéro frisson dans 17 degrés, mais soyons précis : Rip Curl le dit elle-même, sa combi la plus chaude reste la Flashbomb. L’Elasto joue une autre partition, celle du stretch et de la légèreté. Pour un hiver landais à 11 degrés, on attendra de voir.

Dix minutes derrière le Chamobus
C’est en la retirant qu’on a compris la couleur. La doublure verte s’appelle E-Dry, elle est 100 % recyclée, et Rip Curl promet qu’elle est sèche au toucher en moins de trente minutes dans des conditions normales. On l’a pendue derrière le van, on est allés chercher un café, et au retour elle était sèche. Dix minutes, à la louche. À côté, les combis du reste du crew dégoulinaient encore sur le parking. On a fait des jaloux.
Et ça change une chose très concrète : le lendemain matin, on n’enfile pas une combi mouillée qui vous colle un coup de froid juste après le premier café. Elle est déjà dans la voiture, prête. Ajoutez un poids plume pour une 4/3, Rip Curl parle de sa combi la plus légère sans publier le chiffre, et un volume plié qui fait gagner un bagage sur un vol Transavia à vingt euros. En trip, c’est un argument massue. On ne rigole plus.

Celle qui attend le surfeur
Une inconnue que même Michael Ray reconnaît : plus on allège et plus on étire, plus la durabilité devient difficile à tenir. On vous redira dans un hiver ce qu’il reste du stretch.
Pour le reste, la campagne montre des surfeurs qui jouent à la console en combi parce qu’ils ont oublié de l’enlever. On n’ira pas jusque-là. Pour le plat de nouilles du soir, on garde le sweat. Mais l’Elasto, elle, ne pend plus sur un cintre dans la douche à faire goutte à goutte toute la journée. Elle est dans le Chamobus, sèche, et c’est bien la première fois qu’une combi attend le surfeur plutôt que l’inverse.



