Il n'y a pas de seuil gravé dans le marbre. On parle de big wave quand la vague change de catégorie : il faut une autre planche, un autre physique, une autre préparation, et des partenaires prêts à te sortir de l'eau si ça tourne mal. Ça se joue sur des spots à part, souvent des récifs au large qui dorment presque toute l'année et ne se réveillent qu'avec les plus grosses houles d'hiver.

Il y a deux façons d'y aller. À la rame, avec un gun, comme à Parlementia, à Guéthary. Ou en surf tracté, lancé par un jet-ski quand la vague va trop vite pour être rattrapée à la force des bras. En France, la grande scène s'appelle Belharra, un haut-fond au large d'Urrugne, près de Saint-Jean-de-Luz, à environ deux kilomètres et demi de la côte, surfé pour la première fois en novembre 2002. Et au Portugal, il y a Nazaré, où sont tombés les derniers records.

Et comment on mesure ? C'est là que ça se complique. Les surfeurs hawaïens annoncent leurs vagues en pieds, mais sur une échelle à eux, qui donne à peu près la moitié de la hauteur réelle de la face : une vague annoncée à dix pieds hawaïens a une face d'environ vingt pieds. Les records, eux, se mesurent sur la face, du creux jusqu'à la crête, image par image sur les vidéos. C'est comme ça que l'Allemand Sebastian Steudtner a été crédité d'une vague de 26,21 mètres à Nazaré, le 29 octobre 2020 : il a fallu attendre mai 2022 pour que le Guinness l'homologue. Dernier piège : la hauteur annoncée par une prévision, c'est la houle au large, pas la vague. Sur un récif comme Belharra, la vague peut se redresser bien au-delà de ce chiffre.