Jeudi matin, Supertubos. 1,5 à 1,8 m de face, propre, des tubes courts sur un banc que tout le monde décrit comme trop peu profond cette année. Au milieu des 22 hommes du Tour qui prennent leurs repères, Marco Mignot ne cherche rien. Il est posé, il est précis, il a l’air d’avoir déjà compris la vague. Pour un gars qui a vécu deux ans à Estoril, à une heure de là, ça se voit.
Trente-trois centièmes
Il y a quatre semaines, en Californie, Mignot a signé le heat qui a fait lever les Français. Huitième de finale du Lexus Trestles Pro, face à Italo Ferreira. Le champion du monde 2019, le premier champion olympique de l’histoire du surf, alors troisième du classement mondial. Mignot a gagné 13,70 à 13,37 : un 7,00 et un 6,70, contre un Brésilien qui n’avait pas prévu de perdre. Trente-trois centièmes. La WSL a parlé d’une performance historique ; Italo, lui, a pris l’avion avec ses 39 930 points intacts.
Le lendemain, Kanoa Igarashi a arrêté le Français en quart. Igarashi est allé en finale. Mignot est reparti avec une cinquième place, sa deuxième de la saison, et une quinzième place au classement général qui le qualifie pour la postseason à 22 : Peniche et Siargao avant le retour de tout les surfeurs à Pipeline. Un an après avoir fini seizième et Rookie of the Year, il a fait mieux, dans un Tour qui a réintégré quatre anciens champions du monde.

Ce qu’il a dit en mars
Avant le coup d’envoi de la saison, Marco Mignot a donné une interview à la Fédération française. Il y parlait de son hiver passé à travailler ses points faibles, et de ce que le titre de Rookie of the Year lui avait apporté : une reconnaissance, le sentiment que les autres se disaient qu’il avait le niveau. Puis il a posé l’objectif, sans détour : il n’est pas là pour viser le top 10, « je suis là pour devenir champion du monde ».
On aurait pu sourire. Sept mois plus tard, la phrase a un autre poids. Non pas parce que le titre est proche, il ne l’est pas, mais parce que chaque étape de sa route depuis cinq ans ressemble à une marche posée dans le bon ordre. Qualifié pour le CT en 2024 après avoir manqué la marche d’un quart de finale l’année d’avant. Rookie de l’année 2025. Deux cinquièmes places en 2025, deux cinquièmes places en 2026. Et désormais un scalp qui compte : celui d’un champion du monde, dans un huitième de finale où tout le monde l’attendait perdant.
Né en mer, formé à Sayulita
Pour comprendre d’où vient cette tranquillité, il faut remonter loin. Marco Mignot est né le 23 décembre 2000 à Nouméa, lors d’une escale : ses parents étaient en plein tour du monde à la voile. Il a appris à surfer à sept ans à Sayulita, au Mexique, avec son père Christophe, son frère Nomme. Puis les hivers à Hawaï, le Hossegor Surf Club, le titre européen U14 en 2014. Un surf qui a été construit sur plusieurs océans avant d’avoir un drapeau.
Le Portugal fait partie de la carte. Il a vécu avec ses parents à Estoril en 2014 et 2015, et l’an dernier, après avoir éliminé Griffin Colapinto ici même avec un air à 8 points, il expliquait à la presse portugaise que le public européen était le sien. Cette cinquième place de rookie à Peniche reste l’un de ses meilleurs résultats sur le Tour.
Vendredi, heat 2
Il ouvre contre Morgan Cibilic, en heat 2, dès le premier jour si la houle annoncée tient. Il n’y a pas de titre en jeu pour lui cette année. Il y a mieux : un garçon de 25 ans qui, chaque saison, déplace un peu plus loin la ligne de ce qu’un Français peut faire sur ce Tour. Ce matin, à Supertubos, il n’avait pas l’air de quelqu’un qui doute de la direction.

