Il y a des sorties qu'on attend comme un rendez-vous. « MM73 Dream Tour », c'en est une. Depuis quelques mois, Marco Mignot, dossard 73 sur le Championship Tour, d'où le nom, ouvre sa caméra et nous embarque avec lui sur le circuit mondial. Une vraie série documentaire, réalisée et cadrée par MatthLev, une étoile montante de la prod sport française dont l'œil fait une bonne partie du charme du truc. Le troisième volet, « Cap sur l'Amérique latine », est sorti il y a quelques heures. Et pour nous, c'est simple : c'est ce qui se fait de mieux, en France, pour vivre le Tour de l'intérieur. Pour tous ceux qui, comme nous, rêvent un jour d'y être vraiment, Marco entrouvre une porte, celle du circuit, mais aussi celle de sa tête.

Un gamin né sur un bateau, un cœur qui parle espagnol
Pour comprendre Marco, il faut remonter loin. Genre, en pleine mer. Il naît le 23 décembre 2000 à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, au beau milieu du tour du monde en voilier de ses parents. Père perpignanais, mère espagnole de Palma de Majorque : le môme grandit d'abord sur l'eau avant de poser l'ancre à Sayulita, petit paradis de surfeurs sur la côte pacifique du Mexique. C'est là qu'il attrape ses premières vagues à 7 ans, entre son frère aîné Nomme et son cousin Diego. Français et mexicain de cœur, hispanophone par sa mère et par son enfance : voilà pourquoi, quand la série pose ses valises au Salvador, Marco se sent chez lui. Il le dit à sa manière dans l'épisode, marcher pieds nus, la chaleur, les palmiers partout, le poisson frais tous les jours. L'Amérique latine, pour lui, ce n'est pas un déplacement, c'est un retour.
Le talent, lui, a très vite parlé. Repéré ado par Quiksilver quand il vient s'aiguiser sur les vagues de l'Hexagone, il devient en 2025 le premier Français à décrocher le titre de Rookie of the Year sur le Championship Tour. Une saison de bizuth bouclée à la 16e place mondiale, et surtout la confirmation qu'il a sa place parmi les meilleurs de la planète. « MM73 Dream Tour », c'est le journal de bord de tout ça.

Punta Roca, 0,01 point, et le champion du monde à terre
Le cœur de l'épisode, c'est la cinquième étape du CT 2026 : le Surf City El Salvador Pro, à Punta Roca, une droite de galets qui déroule sur des faces de deux à trois mètres. Un vrai spot de haute performance, exigeant, où il faut lire chaque section. Marco y débarque dix jours à l'avance pour l'apprendre par cœur, marée haute, marée basse, mi-marée, et ça se voit.
Au Round of 32, il maîtrise son sujet et sort l'Indonésien Rio Waida sans trembler, 12,87 à 6,67. Mais c'est au tour suivant que tout bascule. En face : Yago Dora, champion du monde en titre. Le Brésilien frappe fort d'entrée avec un 8,00, le meilleur score du heat. Marco, lui, avait ouvert sur un 6,67 après une prise de risque énorme en fin de vague. À la sortie du calcul, la sentence tombe, chirurgicale : il lui faut exactement 6,17 pour passer.

Alors il attend. Il attend encore. Et sur l'ultime vague de la série, dans les toutes dernières secondes, il enroule Punta Roca comme il faut et arrache le score pile-poil : 6,17. Total final, 12,84 à 12,83. Un centième de point. La WSL a parlé d'une « connexion magique » avec ce spot — un nouveau buzzer-beater signé Mignot, là où il en avait déjà fait des étincelles. Les Brésiliens ont crié au vol, mais le patron du heat, ce jour-là, c'était bien le Français.
Et le plus beau, c'est ce que Marco en dit lui-même dans l'épisode : c'était la troisième fois de la saison qu'il tombait sur Dora. À Raglan, en Nouvelle-Zélande, une gauche parfaite avait tourné à l'avantage du Brésilien. Au Salvador, sur une droite parfaite, il s'était juré que ce serait son tour. Malédiction brisée.
Un quart perdu contre un « presque frère »
La suite est plus cruelle, mais elle a de la gueule. En quart de finale, Marco tombe sur Leonardo Fioravanti, 13,00 à 15,93, au terme d'une remontada de l'Italien. Sauf que Fioravanti, c'est un adversaire pas tout à fait étranger. Né à Rome, installé à Hossegor depuis ses 9 ans, le « Rital » a un peu le cœur français et les pieds dans les Landes. Un quart de finale entre deux gars du même bout de côte, à l'autre bout du monde, presque un duel fratricide. Et si ça peut consoler Marco : celui qui l'a sorti n'a plus rien lâché. Fioravanti a enchaîné Kanoa Igarashi puis l'ancien numéro 1 Italo Ferreira en finale pour signer sa toute première victoire sur le CT. Perdre contre le futur vainqueur du contest, désormais en tête du classement mondial, ce n'est pas vraiment perdre.

Autre motif de fierté tricolore : Marco n'était pas seul dans le dernier carré. Kauli Vaast, son frère d’arme, champion olympique de Paris 2024 et lui aussi dans la team Quiksilver, a atteint les quarts avant de céder face à Ferreira. Deux Bleus dans les huit derniers d'une étape du Tour, portés par la même marque : le rookie 2025 et le rookie 2026 qui prennent, mois après mois, de plus en plus de place chez les hommes. On adore les voir monter ensemble.

La vraie leçon est dans la tête
Si la série s'appelait « Ce que les résultats ne racontent pas », elle ne mentirait pas. Parce que le plus fort, chez Marco, ce n'est peut-être pas le surf. C'est la tête. Méditation quotidienne, siestes calibrées à 25 minutes chrono pour ne pas basculer dans le sommeil profond, réveil à 4h30, discipline de récupération apprise à la dure en 2025 : rien n'est laissé au hasard. Mais derrière la rigueur, il y a une douceur rare à ce niveau.
Il nous l'a résumé lui-même dans un message qu'il nous a envoyé au printemps : il prend chaque jour comme il vient, sans se coller d'attentes, en donnant tout ce qu'il a. Le résultat sera ce qu'il sera, l'important, c'est de se lever le matin en sachant qu'on a tout donné, et de dormir en paix avec soi. Son but ultime, il ne le cache pas : devenir champion du monde, aller chercher l'or. Mais il avance un pas après l'autre, en profitant du chemin. Voilà ce que la série offre, au fond, autant que du beau surf : une manière d'affronter la pression du plus haut niveau avec le sourire. On a de quoi apprendre.
Rendez-vous à Teahupo'o
Le Tour souffle un peu, pause estivale après six étapes, et Marco en profite pour rentrer, retrouver les siens, recharger les batteries loin des lycras de compétition. Mais ça ne durera pas. Le circuit reprend en août avec deux monstres de reef : le Tahiti Pro à Teahupo'o (8-18 août), puis Cloudbreak, à Fiji (25 août-4 septembre). Du lourd, du vrai, là où une saison peut basculer.
D'ici là, on aura de quoi patienter avec « MM73 Dream Tour ». Parce que cette série, c'est un pied sur le Tour pour tous ceux qui en rêvent, et un cœur grand ouvert de la part de celui qui y est. Marco Mignot porte haut les couleurs françaises et les plus grandes ambitions, et un jour, ce titre mondial. Nous, on est derrière lui. De tout cœur. Allez Marco.


